Le fétiche : pourquoi l'uniforme excite les hommes homosexuels
Il n'y a guère de vêtement dans la subculture gay qui soit aussi constamment chargé érotiquement que l'uniforme. Non pas malgré sa signification – mais à cause d'elle. L'uniforme représente la hiérarchie, l'ordre et l'obéissance, le pouvoir et la soumission, l'homme qui affiche de la discipline à l'extérieur et cache quelque chose en dessous. C'est précisément le cœur du fétiche : l'interdit derrière la façade.
Dans la scène gay du cuir et de l'uniforme, ce fétiche a des structures organisationnelles solides depuis les années 1970. Des clubs et des associations ont vu le jour d'abord à San Francisco et Amsterdam, puis à Berlin et dans d'autres villes européennes. L'association internationale la plus connue est BLUF – Breeches and Leather Uniform Fetish, une organisation mondiale d'hommes homosexuels qui vivent les uniformes et le cuir comme une expression érotique et culturelle. BLUF a des membres dans des dizaines de pays, y compris en Allemagne, et organise des rencontres, des sorties et des événements.
Le fétiche de l'uniforme n'est pas un phénomène marginal. Il fait partie de la culture gay, qui réunit le pouvoir et le désir – et qui a une longue racine historique, même si cette racine a longtemps été passée sous silence.
Prusse : Le silence derrière la discipline
L'armée prussienne était l'une des institutions les plus disciplinées, les plus dures et les plus strictement hiérarchisées de l'histoire européenne. C'était aussi un monde exclusivement masculin – caserne, campagne, mess des officiers, dortoir. Proximité forcée, dépendance absolue, rapports de pouvoir clairs. Ce qui s'y est passé a été systématiquement passé sous silence par l'historiographie officielle.
La sodomie – le terme par lequel les relations sexuelles entre hommes étaient criminalisées – était lourdement punie en Prusse. Et pourtant : la réalité était différente. Le désir ne peut pas être aboli par décret.
L'exemple le plus connu et le plus tragique est le plus célèbre de tous : Frédéric le Grand. Jeune homme, il aimait Hans Hermann von Katte, un officier, son plus proche confident. Lorsque les deux hommes tentèrent de s'enfuir ensemble de Prusse, Frédéric-Guillaume Ier – le père de Frédéric – fit arrêter et exécuter von Katte. Frédéric fut contraint d'assister à l'exécution de son amant. Il avait vingt ans.
Frédéric devint plus tard roi. Il mena la Prusse à la grandeur militaire, écrivit de la philosophie, correspondit avec Voltaire – et, autant que l'on sache, ne vécut plus jamais de lien émotionnel étroit avec une femme. Ce qu'il était, il ne l'a jamais exprimé. L'histoire n'a cependant pas tout passé sous silence.
Il n'était pas le seul. Dans les casernes, dans les mess des officiers, lors des campagnes – partout où des hommes étaient entre eux pendant des mois, ce qui se produit lorsque des gens vivent proches les uns des autres se développait : affection, désir, amour. Parfois aussi pouvoir et abus. L'armée prussienne n'a jamais documenté cela. Elle l'a vécu et s'est tue.
Le règlement de comptes : les hommes homosexuels en uniforme prussien

La tête de mort sur le bonnet du hussard n'est pas un symbole nazi. Elle est plus ancienne – de près de 200 ans. Frédéric le Grand fonda en 1741 les hussards à tête de mort, l'unité d'élite la plus célèbre de Prusse. Uniforme noir, crâne argenté, Memento mori : nous ne craignons pas la mort. Ce que les national-socialistes ont repris en 1934 était l'abus d'un symbole prussien.
L'image de soi de l'armée prussienne était claire : dureté, discipline, masculinité – un certain type de masculinité qui excluait catégoriquement la faiblesse, la douceur et le désir pour d'autres hommes. Cette image de soi a été le fondement d'un militarisme qui a marqué l'Allemagne jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et a coûté la vie à des millions de personnes.
Deux hommes en uniformes prussiens, qui se désirent, qui s'aiment, qui s'abandonnent – ce n'est pas un hommage à ce militarisme. C'est son démantèlement. C'est une attaque provocatrice contre l'image de soi de cette armée, un règlement de comptes avec le militarisme prusso-allemand qui était bâti sur un mensonge : le mensonge selon lequel les hommes qui portaient ces uniformes étaient tels que l'uniforme devait les montrer.
Ils ne l'étaient pas. C'étaient des êtres humains. Certains d'entre eux aimaient d'autres hommes. Et nous le montrons.
Les images : ce que l'armée n'a jamais été autorisée à montrer
Notre Collection Histoire montre des hommes homosexuels en uniformes historiques – dans des moments d'intimité, de désir, d'abandon. Ces images n'existent pas comme glorification du militarisme. Elles existent comme son contraire : comme preuve que ce que cette institution craignait le plus a toujours été en elle.
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