Plus seulement des bisexuels ou quoi ? Pourquoi de plus en plus d'hommes bisexuels inondent les applications de rencontre

Nur noch Bi oder was? Warum immer mehr Bi-Männer die Dating Apps fluten

Le paysage des applications de rencontre a radicalement changé ces dernières années. Ceux qui utilisent régulièrement des applis comme Romeo l'auront remarqué : le nombre de profils qui s'identifient comme bisexuels a augmenté de façon exponentielle ces dernières années. Certains jours, on a l'impression que les hommes gays sont en minorité, tandis que les hommes bi commencent à dominer l'application. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce phénomène ? S'agit-il d'un véritable déplacement de l'orientation sexuelle au sein de la population, ou existe-t-il d'autres raisons plus profondes à cette évolution ?

La réalité des applications de rencontre aujourd'hui

Quiconque fréquente les applications de rencontre gays les plus courantes ne peut pas ignorer ce constat. Romeo, Grindr et d'autres plateformes similaires sont pleines de profils dont les utilisateurs se définissent comme bisexuels. En soi, ce n'est pas problématique : la bisexualité est une orientation sexuelle légitime, et les personnes bisexuelles ont tout autant le droit d'utiliser ces applications que les utilisateurs gays ou autres. Mais la quantité même de ces profils, ainsi que la manière dont beaucoup d'entre eux se présentent, soulèvent des questions.

La question que beaucoup d'utilisateurs gays se posent est la suivante : tous ces hommes sont-ils vraiment bisexuels ? Ou utilisent-ils l'étiquette de la bisexualité pour d'autres raisons ? Cette question n'est pas simple, car elle touche à des aspects sociaux, culturels et personnels profonds de la sexualité humaine.

Origines culturelles et familiales

Un facteur essentiel qui contribue à l'augmentation du nombre d'hommes bi sur les applications de rencontre est la migration et les différences culturelles qui y sont liées. Beaucoup d'hommes qui se présentent comme bisexuels en Allemagne viennent de milieux culturels où l'homosexualité est fortement stigmatisée, voire criminalisée. Dans leur famille d'origine, ils seraient rejetés, exclus, voire mis en danger s'ils étaient considérés comme gays.

Pour ces hommes, la bisexualité est souvent une forme de compromis : une manière de vivre leurs penchants homosexuels sans devoir s'assumer complètement comme homosexuels. Ils peuvent se dire à eux-mêmes, ou éventuellement dire à leur famille, qu'ils sont bisexuels, qu'ils pourraient aussi aimer les femmes, que ce n'est qu'une phase ou qu'ils ne sont pas vraiment gays. Cela leur donne une sécurité psychologique et une échappatoire à la honte associée à l'homosexualité dans leurs cultures.

Ces hommes utilisent les applications de rencontre pour satisfaire leurs besoins homosexuels, mais ils le font sous le bouclier de la bisexualité. Ils peuvent affirmer à eux-mêmes et aux autres qu'ils ne sont pas vraiment gays, que ce n'est qu'un phénomène secondaire, qu'ils pourraient peut-être encore choisir une femme. C'est un mécanisme de protection psychologique qui leur permet de vivre leur sexualité sans avoir à subir les conséquences culturelles et familiales qu'impliquerait une identification complète comme gay.

Mais le fait qu'ils se présentent ici comme bi ne signifie pas pour autant que, dans leur comportement, ils soient aussi décomplexés que nous ni que leur vision du sexe gay ressemble à la nôtre.

Moins de chances avec les femmes

Un autre facteur important est la réalité de la scène hétérosexuelle. Beaucoup d'hommes, notamment ceux issus de l'immigration, ont moins de chances sur le marché des rencontres hétérosexuelles. Cela peut être le cas pour différentes raisons : barrières linguistiques, différences culturelles, discrimination ou tout simplement le fait qu'ils ne correspondent pas à l'idéal de beauté dominant dans la société occidentale.

Pour ces hommes, les applications de rencontre gays peuvent représenter une alternative plus attrayante. Sur ces applis, ils peuvent nouer plus facilement des contacts et vivre des expériences sexuelles qu'ils ne pourraient le faire avec des femmes. Ils se présentent comme bisexuels, car cela leur permet d'affirmer à leurs propres yeux qu'ils ne sont pas vraiment gays, qu'ils profitent simplement de l'occasion qui se présente à eux. Mais en réalité, ils sont sur ces applis parce qu'ils y ont plus de succès que sur les plateformes de rencontre hétérosexuelles.

La question de la bisexualité réelle

Cela mène à une question inconfortable : ces hommes sont-ils vraiment bisexuels ? Ou utilisent-ils l'étiquette de la bisexualité pour cacher ou nier leur homosexualité ?

La réponse est complexe. La bisexualité est un spectre, et il existe de nombreuses façons d'être bisexuel. Certaines personnes sont réellement attirées de manière égale par les hommes et les femmes. D'autres sont principalement attirées par un sexe, mais éprouvent aussi une attirance pour l'autre. D'autres encore vivent leur bisexualité de manière situationnelle ou dépendante du contexte.

Pour beaucoup d'hommes qui se présentent comme bisexuels sur les applications de rencontre gays, la réalité est probablement qu'ils ne se comprennent pas complètement eux-mêmes, ou ne veulent pas se comprendre. Ils peuvent avoir de réelles tendances bisexuelles, mais celles-ci sont souvent recouvertes de déni, de honte et de conflits culturels. Ils peuvent aussi être principalement homosexuels, mais incapables de s'identifier comme gays, parce que cela implique trop de peur et de souffrance.

Le phénomène de la sexualité de substitution

Un phénomène particulièrement intéressant est ce qu'on pourrait appeler la "sexualité de substitution". Beaucoup de ces hommes bi semblent avoir des relations sexuelles avec des hommes non pas parce qu'ils sont réellement attirés par eux, mais parce que c'est une manière de satisfaire leurs besoins sexuels quand les femmes ne sont pas disponibles ou quand ils ne sont pas attirés par elles.

Cela conduit à une forme de sexualité souvent insatisfaisante, aussi bien pour les hommes bi eux-mêmes que pour les hommes gays qu'ils rencontrent. C'est un sexe sans véritable passion, sans véritable lien, sans véritable désir. C'est un sexe qui a lieu par nécessité, et non par envie.

Pères de famille et homosexualité cachée

Un autre aspect important de ce phénomène concerne les pères de famille qui doivent cacher leur part homosexuelle, sans pouvoir pour autant s'en défaire. Ces hommes sont souvent mariés ou dans des relations durables avec des femmes, ont des enfants et ont construit toute une vie sur l'idée qu'ils sont hétérosexuels.

Mais ils ne peuvent pas ignorer leurs penchants homosexuels. Ils ont besoin de contacts sexuels avec des hommes pour satisfaire leurs besoins. Pour ces hommes, les applications de rencontre gays sont un moyen de vivre leur homosexualité sans détruire toute leur vie. Ils se présentent comme bisexuels parce que cela leur permet de justifier leurs activités : ils ne se voient pas comme vraiment gays, ils sont seulement bisexuels, ils ne sont pas vraiment infidèles, ils satisfont simplement un besoin que leurs femmes ne peuvent pas combler.

Ces hommes accordent une grande importance à l'anonymat et à la discrétion. Ils ne veulent pas être reconnus, ils ne veulent pas que leur famille apprenne leurs activités, ils ne veulent pas que leur identité soit révélée. Ils utilisent les applis pour organiser des rencontres rapides et discrètes, au cours desquelles ils peuvent satisfaire leurs besoins sexuels sans poser de questions ni nouer de liens émotionnels. Ce sont des schémas de comportement totalement étrangers aux gays vivant dans des relations ouvertes, où le fait que des rapports occasionnels avec d'autres soient connus du partenaire est considéré comme une expression de la "fidélité".

Expériences personnelles et frustrations

La réalité de cette situation devient claire lorsqu'on regarde les expériences personnelles d'hommes gays qui entrent en contact avec ces hommes bi. Beaucoup parlent de frustrations et d'insatisfactions qui naissent de la manière dont ces hommes ont des rapports sexuels.

Un schéma fréquent est que ces hommes bi ne veulent pas embrasser. Embrasser est un acte intime qui implique une connexion émotionnelle. Pour beaucoup de ces hommes, c'est trop : ils veulent du sexe, mais pas la proximité émotionnelle qui va avec les baisers. C'est souvent le signe qu'ils ne s'acceptent pas vraiment comme gays, qu'ils essaient de minimiser l'intimité pour se protéger eux-mêmes.

Un autre schéma fréquent est le manque de désir pour le corps du partenaire. Ces hommes bi semblent souvent ne pas être réellement intéressés par leur partenaire : ils ne cherchent pas à explorer son corps, à le toucher, à en profiter. Ils sont souvent uniquement intéressés par leur propre satisfaction. Cela indique qu'ils ne sont pas réellement attirés par les hommes, qu'ils veulent simplement satisfaire leurs besoins sexuels sans ressentir de véritable désir ni de véritable envie.

Un troisième schéma est le manque d'attention portée au sexe du partenaire. Beaucoup de ces hommes bi veulent seulement qu'on leur fasse une fellation ou pouvoir pénétrer analement, mais ils ne veulent pas toucher le pénis de leur partenaire ni le prendre en bouche. C'est un autre signe qu'ils ne sont pas réellement attirés par les hommes, qu'ils essaient de minimiser leur homosexualité en ne pratiquant que les actes qui leur permettent de se voir comme actifs et masculins. Cela est d'ailleurs particulièrement frappant chez les migrants, qui ont le plus souvent des conceptions religieuses selon lesquelles un pénis, quand ce n'est pas le leur, est considéré comme impur. Dans cette façon de penser, on ne touche pas les pénis, on baise en actif parce que - pour le dire brutalement, comme cette réalité est brutale - on ne trouve pas d'autre trou. Et en même temps, on méprise un homme qui se fait enculer. Ce n'est pas une bonne base pour du bon sexe.

La fréquence des contacts insatisfaisants

Beaucoup d'hommes gays rapportent que la plupart de leurs tentatives de contact avec ces hommes bi sont insatisfaisantes. Ils se rencontrent, il y a peu d'alchimie, peu de désir, peu de lien. Le sexe est souvent mécanique, insatisfaisant, parfois même frustrant. Et souvent, le rapport est même interrompu par les hommes bi eux-mêmes : avec en tête le complexe de culpabilité lié à l'infidélité envers leur femme et leurs enfants, ou le rejet religieux répressif, ils n'arrivent pas à atteindre l'orgasme.

C'est le signe que ces hommes ne sont pas vraiment intéressés par le sexe avec des hommes. Ils sont là parce qu'ils le doivent, pas parce qu'ils le veulent. Ils sont là parce que leurs besoins ne peuvent pas être satisfaits ailleurs, pas parce qu'ils éprouvent un véritable désir pour les hommes. C'est frustrant pour les deux parties : pour les hommes bi, qui ne peuvent pas s'accepter eux-mêmes, et pour les hommes gays, qui espèrent trouver de vraies connexions.

Les répercussions psychologiques

Cette situation a de profondes répercussions psychologiques sur toutes les personnes concernées. Pour les hommes bi eux-mêmes, c'est une lutte permanente entre leurs besoins et leur identité, entre leur sexualité et leur culture, entre leur vérité et leurs mensonges. Ils vivent dans un état de déni et de confusion, ce qui entraîne anxiété, honte et insatisfaction.

Pour les hommes gays qui entrent en contact avec ces hommes bi, c'est frustrant et parfois blessant. Ils espèrent de vraies connexions, un vrai désir, une véritable intimité, mais à la place ils rencontrent des hommes qui ne sont pas vraiment présents, qui ne sont pas vraiment intéressés, qui ne sont pas vraiment eux-mêmes. Cela peut provoquer des sentiments de rejet, d'insatisfaction et de frustration.

Différences culturelles et intégration

Revenons encore une fois à la question de l'intégration culturelle. Beaucoup d'hommes se déclarant bisexuels viennent de cultures où l'homosexualité est fortement stigmatisée. Ils sont arrivés dans des pays comme l'Allemagne, où l'homosexualité est légale et largement acceptée socialement, mais ils ne peuvent pas simplement abandonner leurs valeurs culturelles et familiales.

Ils sont coincés entre deux mondes : ils ne peuvent pas accepter complètement leur homosexualité parce que cela contredit leurs valeurs culturelles, mais ils ne peuvent pas non plus la réprimer complètement parce que leurs besoins sont trop forts. La bisexualité est pour eux un compromis, une façon de vivre dans les deux mondes sans s'engager entièrement dans l'un d'eux.

C'est un phénomène tragique qui montre comment des valeurs culturelles et religieuses peuvent empêcher les gens de s'accepter eux-mêmes et de vivre de manière authentique. Cela montre aussi combien il est important que des sociétés comme l'Allemagne ne se contentent pas de légaliser l'homosexualité, mais créent aussi une culture dans laquelle les gens peuvent explorer leur sexualité librement et sans honte. Cela implique aussi de ne pas sacrifier à un compromis mal compris l'acceptation que le mouvement gay a arrachée pour le mode de vie LGBTQ.

Le rôle de l'anonymat

L'anonymat offert par les applications de rencontre joue un rôle important dans ce phénomène. Ces applis permettent aux gens de cacher leur identité, de dissimuler leurs vrais sentiments, de cacher leur vérité. C'est utile pour beaucoup de personnes : cela leur permet d'explorer leur sexualité sans devoir se révéler complètement à elles-mêmes ou aux autres.

Mais cet anonymat a aussi son revers. Il permet aux gens de se tromper eux-mêmes, de nier leur vérité, de tromper les autres. Il permet à des hommes de se présenter comme bisexuels alors qu'ils sont peut-être en réalité gays. Il permet à des hommes mariés de tromper leurs femmes. Il permet aux gens de blesser les autres sans en assumer la responsabilité.

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