Vous êtes-vous déjà regardé dans le miroir ce matin ? Pour nous, la glace au mur est une évidence – un rapide coup d'œil pour voir si les cheveux sont bien coiffés, et on continue. Pourtant, dans l'histoire de l'humanité, le miroir a été tout sauf banal pendant des millénaires. C'était un objet magique, un bien de luxe et un symbole puissant qui n'a jamais cessé de fasciner les artistes et les écrivains.
De la surface de l'eau à la toile : le miroir dans l'art
Tout a commencé – comme souvent – par un mythe. Narcisse, le beau jeune homme de la mythologie grecque, tombe amoureux de son propre reflet dans une source d'eau et en meurt, car il ne peut pas saisir cette image. C'est à la fois la peur originelle et la fascination originelle : qui suis-je – et est-ce vraiment moi là-bas ?
Dans les arts visuels, le miroir est rapidement devenu un objet de prédilection car il résolvait un problème technique : il apportait de la profondeur à une image plate.
Jan van Eyck l'a perfectionné en 1434 dans le « Mariage des Arnolfini ». Dans un minuscule miroir convexe à l'arrière-plan, on ne voit pas seulement le couple de dos, mais aussi l'artiste lui-même – un premier moment selfie, si vous voulez. Plus tard, Diego Velázquez est venu avec « Les Ménines » et trouble encore aujourd'hui le spectateur : qui est réellement en train d'être peint ici ? Le miroir en arrière-plan montre le couple royal – qui devrait en fait se trouver là où nous sommes actuellement.
L'œuvre soulève des questions sur la réalité et l'illusion. C'est précisément ce qui a donné naissance à notre idée, la quête d'identité à cette époque, le désir d'identité homosexuelle ; des questions posées dans le cadre unique de la Galerie des Glaces de Versailles.
Le "flex" ultime : la Galerie des Glaces de Versailles
Quand on parle de miroirs, on ne peut pas ignorer un lieu : Versailles. Si vous traversez la Galerie des Glaces aujourd'hui, vous penserez peut-être : chic, mais beaucoup de bling-bling. Pour le XVIIe siècle, cette salle était une folie absolue. Les miroirs étaient alors incroyablement chers et petits – la technique pour fabriquer de grandes surfaces de verre claires était un secret d'État jalousement gardé par les Vénitiens.
Louis XIV, le Roi-Soleil, ne voulait pas de petits miroirs à main. Il voulait démontrer son pouvoir. Il fit passer en France des fabricants de miroirs vénitiens – Venise n'était pas amusée et aurait même envoyé des tueurs à gages. La salle est située en face des immenses fenêtres donnant sur le jardin ; la lumière incidente est réfléchie par 357 surfaces de miroirs. Le résultat : une pièce qui semble si lumineuse et vaste qu'elle semble confirmer l'ordre divin du Roi-Soleil. Ceux qui traversaient cette salle se voyaient constamment dans le contexte de la magnificence royale. Le miroir n'était pas ici un instrument de connaissance de soi – mais d'intimidation.
La Galerie des Glaces du Château de Versailles, c'est précisément ce lieu que nous avons choisi pour notre grande expérience artistique. Mais nous en reparlerons plus en détail ci-dessous.
Entre le Pays des Merveilles et la folie : le miroir dans la littérature
En littérature, il est moins question de faste que de ce qui se trouve derrière la glace.
Lewis Carroll envoya Alice « De l'autre côté du miroir » – ici, le miroir est la frontière d'un monde où la logique est inversée. Le conte de Grimm connaît peut-être le miroir le plus célèbre du monde : « Miroir, miroir, qui est la plus belle du royaume ? » – le juge impitoyable qui ne connaît ni flatterie ni pitié.
Le Dorian Gray d'Oscar Wilde est la variante la plus sombre : un jeune homme vend son âme pour rester éternellement jeune – tandis que son portrait, son moi intérieur reflété, devient de plus en plus laid. Le miroir chez Wilde ne montre pas le visage, mais la vérité qui se cache derrière. Ce n'est pas une histoire d'horreur – c'est de la philosophie morale en peinture.
Le miroir est presque toujours un portail en littérature. Il sépare le moi de l'autre, le réel du fantastique, le visible du vrai.
Art gay dans la Galerie des Glaces : ce qu'aucun peintre n'a jamais imaginé
Que montre le miroir lorsque deux hommes qui s'aiment le regardent ? Cette question, aucun conte de fées ne l'a jamais posée. Nous l'avons posée – et nous avons choisi la Galerie des Glaces de Versailles comme scène. Et comme inspiration artistique, nous avons opté pour le style incomparable de Claude Monet, le grand impressionniste de l'histoire de l'art français. Personne ne pouvait mieux convenir à notre conte de fées de Versailles reflété.
Claude Monet peignait des plantes, peignait son jardin – mais nous introduisons son art, son style dans le deuxième sanctuaire national des Français après la Tour Eiffel, dans la légendaire Galerie des Glaces. Qu'aurait-il peint là-bas ? Personne ne le sait. Mais son style est parfait.
Et dans ce miroir, nous avons imaginé quelque chose qu'aucun peintre n'a jamais imaginé : le miroir ne montre pas ceux qui se tiennent devant lui – il montre leur amour derrière. Nus, s'embrassant, tendres, évidents. Comme s'ils étaient entrés dans un conte de fées. Amoureux à Paris. Enchantés à Versailles.
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